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C'est Nous

  • : L'Inde autrement
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  • : La vie au jour le jour en Inde, les voyages de connaissance de soi que nous proposons dans ce pays si différent de la France, toutes les réflexions qui nous viennent dans nos différentes expériences en comparaison avec ce que nous vivons en France.
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5 avril 2010 1 05 /04 /avril /2010 14:22

Jeanine et moi faisons une enquête sur les hijras, les transsexuels indiens. 

Après pas mal de recherches sur l'internet je n'ai pas trouvé où loge la communauté de Jaipur.
Nous allons à la fac de socio pour voir ce qu'ils savent là-dessus. Nous sommes très bien accueillis par deux profs qui nous donnent quelques renseignements de base. Mais ils savent en fait pas grand chose. Excuse : l'un est nouveau à Jaipur, bon d'accord. L'autre est une femme, alors bien sûr toutes ces affaires de sexe...
Bref,
ils ont été très gentils et accueillants mais pas grand chose à attendre de ce côté
Du côté du public, nous rencontrons beaucoup de méfiance. Même si les gens prétendent que les hijras sont indispensables parce que de très bon augure dans les mariages et les baptêmes. C'est bizarre mais nous n'en avons jamais vu dans les événements de ce genre auxquels nous avons assisté. Un indien me dit que je ruine sa réputation rien quand lui parlant de ça !
Les hommes ne savent pas trop quel comportement avoir avec elles. Les femmes en ont très peur, elles parlent de "mauvais oeil". Tous sont choqués de notre envie de les rencontrer et nous recommandent la prudence :
— Tiens bien ton sac si tu y vas...
— Je ne peux pas te les faire rencontrer, que penseraient mes voisins...
— No gents, no lady...

Oui ça on sait, et alors ?

 Commençant à bien connaître la psychologie indienne, nous pensons que c'est parce que les hijras se permettent ce que les femmes indiennes n'osent pas : se maquiller (les ongles de toutes les femmes sont vernis, même ceux de travailleuses de chantiers mais pas d'autres maquillage), être dans la séduction voir la provoque, danser de façon sexy...
Bien sûr tous les films de Bollywood racontent des histoires d'amour, avec des scènes de danse très "chaudes", les paroles de certaines chansons sont parfois très sex ', mais "L'indien-n'est-pas-à-l'aise-avec-la-sexualité" je pense pouvoir aller jusqu'à ce genre de généralité !

 Retour à l'internet, nous finissons quand même par trouver une vague mention d'une communauté à Jaipur près de Sanganeri Gate.
Voilà donc Jeanine partie enquêter sur place.
Les gens ne lui répondent pas, s'éloignent. Pour finir quelqu'un prend un air entendu et lui écrit d'un air complice un mot en nagari sur un bout de papier.
Elle revient à l'appart' croyant enfin avoir du concret. C'est seulement le mot "hijra" lui-même que l'homme a écrit. Pourquoi ? mystère.

L'après-midi, elle retourne à Sanganeri gate. Un homme lui donne, une adresse. Sans se faire d'illusion, elle s'y rend. Déception, c'est un quartier musulman. Peu probable que la communauté hijra s'y trouve. En plus, les gamins du quartier se montrent assez agressifs (c'est fréquent en quartier musulman, je ne sais pas pourquoi, simple constatation) en criant pour attirer son attention, en lui tirant les vêtements pour réclamer ci ou ça. Elle s'accroche néanmoins. Arrivée à l'adresse, un homme lui confirme que c'est la bonne.
"Hmmm vu le quartier, c'est quand même peut-être plus prudent de retourner voir Sylvie et Enoch pour de prendre une décision ensemble."
En se concertant nous décidons d'y aller Janine et moi le lendemain.
Malgré l'environnement négatif, nous pensons que le contact sera peut-être plus simple si seules des femmes vont les rencontrer. De toute façon, à deux il y a peu de risque en plein jour en plus.

Nous voilà donc devant leur maison. Des hommes nous posent des questions, on finit par feindre de partir après avoir montré l'adresse et le nom que nous recherchons. C'est souvent la meilleure façon d'avoir l'attention des indiens... Ça ne rate pas, après quelques pas, j'entends un appel derrière nous. Je me retourne. Un homme apparemment a changé d'idée et veut bien nous guider.
En fait nous étions bien devant la bonne maison ! Il nous fait entrer.
Ouf, enfin ! je suis un peu émue par le mystère qui va enfin se lever…
 

L'entrée de la maison est accueillante. C'est une vaste pièce décorée de mini-mosaïques bleues, avec, tout autour, des chambres selon la mode antique des maisons rajasthanaises.
La première hijra qui nous accueille est souriante. Elle nous présente à une vieille qui nous salue avec simplicité. Nous pensons que c'est le guru de la communauté sans que personne ne nous le dise formellement.
Nous sommes étonnées de voir là aussi des gamines. Bien sûr, ce sont de jeunes hijras. Nous ne savions pas qu'elles pouvaient être déjà si jeunes dans une communauté. Nous offrons nos barfi, nous les avons choisi au LBM, la boutique la  plus réputée de Jaipur pour ses sucreries !
D'autres hijras rentrent. Elles partagent les gâteaux. L'une d'elles parlent quelques mots d'anglais, elle veut bien poser pour des photos.
 

2 copines hijra

Et la magie commence...

 

hijra : la grâce féminineLa Féminité, la complicité avec nous. Nous vivons, sans parler, une communication impossible avec les femmes indiennes "normales". Poussée par les autres, une hijra aux traits plutôt masculins enlève la couverture qui la recouvre, dénoue ses cheveux avec grâce... elles sont 4, elles rient, c'est très beau...hijra : 3 copines s'amusent

 

Nous faisons quelques photos...

en silence,

intimidées par ces gens très simples

avec lesquels les mots

sont finalement inutiles...

 

 

 

 

 

Nous revenons le lendemain...

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commentaires

peggy 10/04/2010 23:06



Fascinant...