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C'est Nous

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  • : La vie au jour le jour en Inde, les voyages de connaissance de soi que nous proposons dans ce pays si différent de la France, toutes les réflexions qui nous viennent dans nos différentes expériences en comparaison avec ce que nous vivons en France.
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5 juillet 2011 2 05 /07 /juillet /2011 14:05

part 1 : Kumbhamela tantra (on dirait le nom d'une glace !)

fète-à-shivaComme la plupart des occidentaux avant d'y aller, nous rêvions l'Inde :
la spiritualité, le yoga, la méditation...


Le 1° jour en débarquant à Mumbai nous étions contents de nous en voyant l'affiche dans la gare. inde philosophie"Ouais, on est bien au bon endroit !" Nous voulions explorer plus en profondeur la philosophie orientale avec le tantra, bien sûr en premier plan mais aussi le kalarippayath, l'ayurveda, être plutôt que paraître... et le zen aussi en mélangeant un peu tout ! All is peaceful sur la terre mère. Pour un peu on aurait inclus le cannabis comme "au bon vieux temps des 60's" mais on n'est pas consommateurs (bien que nous avons été ébahis en le voyant pousser tout seul par endroits en rangs serrés dans les champs et au bord des routes). Quand même, la soie et les couchers de soleil sur le Gange en font partie non ? Bon vous voyez le genre, j'arrête là...

Nous sommes donc partis, sacs à dos, pour assister à une kumbha mela.
Kumb à quoi ?
Selon la mythologie locale, il y a très longtemps deux groupes de créatures mythiques, les deva et les asura, fabriquèrent ensemble l'amrita, nectar de l'immortalité en barattant la Mer de lait. Quand ce fut fait, les asura s'emparèrent de la cruche contenant le nectar et s'enfuirent avec, pour leur usage personnel.
Pendant l'équivalent de 12 de leurs années (des centaines d'années humaines), les deva combattirent essayant de récupérer la cruche parce que "Pourquoi on serait pas immortel nous aussi, hein ?".
Au cours de la bataille 4 gouttes de nectar de l'immortalité tombèrent sur terre et précisemment en 4 endroits devenus par la suite villes sacrées pour les hindous : Allahabad, Haridwar, Ujjain, Nasik.
Depuis, tous les 3 ans, a lieu la fête (mela) de la cruche (kumbha) à tour de rôle dans l'une de ces villes.

En 2013 ce sera la grande kumbhamela d'Allahabad (dans l'Uttar Pradesh pas loin de Varanassi).
C'est le moment pour voir des millions de sadhus et de fidèles se disputer une place vers le fleuve, pour voir comment les croyances donnent du pouvoir à quelques uns pour le confisquer à tous les autres, pour voir comment les croyances peuvent mener à l'esclavage... Le moment idéal pour expérimenter comment VOS croyances vous manipulent...

Mais revenons à 2004 : Nous préparons le voyage en contactant une parisienne qui connait un guru ayant de quoi nous loger à Ujjain. Bien heureusement car à l'époque pour ceux qui ne voulaient pas d'une agence de tourisme ou d'un voyage organisé, il n'y avait pas de booking internet... Avec le recul, je n'ose imaginer ce qui serait advenu de nous si nous nous étions pointés sans chambre retenue quelque part... malgré les émissions vues à la télé personne ne peut se représenter vraiment une ville indienne envahie par des millions de pélerins.
À peine débarqués, nous nous séparons de notre parisienne tellement speed et parano qu'elle commence à nous faire flipper et nous partons à la découverte. Mumbai est une grande cité décevante mais c'est notre première ville indienne alors on veut tout voir.plage de Mumbai Nous voulons y rencontrer la communauté Parsi pour comprendre leur très particulier rapport à la mort. C'est la religion pratiquée par le célèbre monsieur Tata, un des maîtres du marché métallurgique indien maintenant bien connu en occident pour être depuis peu propriétaire de daewoo, jaguar, land rover, partenaire de fiat et ferrari et produisant la voiture la moins chère du monde la Nano.
Mais nous, ce qui nous intéresse, c'est ce qu'ils font de leurs morts. Pour eux, la terre, l'eau et l'air ne doivent pas être souillé par des cadavres alors, ils construisent de très hautes tours en haut desquelles ils établissent un charnier liquidé par les oiseaux. De nos jours avec la surpopulation (manque de place) et la pollution (charognards disparus), cela pose un gros problème culturel pour eux et environnemental pour les autres.
Cette enquête une fois bouclée, nous arrivons en gare d'Ujjain une semaine plus tard. C'est une ville "de campagne", rien à voir avec Bombay. Des centaines de policiers avec armes et bâtons ferrés zonent dans la gare et ça grouille de gens. gare peu encombrée

 

 

Beaucoup plus que sur la photo, là c'est une petite gare non encombrée ! Pour atteindre la sortie, on doit enjamber des familles entières, des gens assis, accroupis ou allongés qui souvent ont un petit réchaud pour du chai ou des chapatis. Ambiance du caravansérail millénaire et jamais démodé..


Ce qui nous surprend le plus, c'est les hommes qui se tiennent par la main. Certes, coutume orientale typique mais ça fait quand même bizarre de voir deux flics, fusil d'assaut en bandoulière se tenant ainsi amicalement.
Ça fait vraiment trop... mais on ne s'est pas risqué à les photographier...
par-la-main



Enfin sortis de la cohue, on saute dans un riksha mais on n'a pas de téléphone portable (ça non plus c'était pas l'époque) et nous qui croyions arriver dans un genre de kermesse facile pour trouver "notre" guru avec l'adresse sur sa carte.
Tu parles !

Immense n'est pas vraiment le mot ! démesuré conviendrait mieux. Le champ de célébration couvre des dizaines d'hectares et personne ne sait à quoi correspondent les numéros de stands de la dite carte.
Et il fait une chaleueueur !!
L'Uttarpradesh n'est pas boisé. Pas un grain d'ombre... on en a marre et on a beau chercher à comprendre il ne semble pas y avoir d'organisation !

 

 

Nous voilà pour la première fois confrontés aux "incredible indians"... Chacun se précipite pour nous indiquer notre route, ils veulent la carte.
"Oups là ! Attention, c'est la seule qu'on a je la récupère avant qu'elle ne parte en morceaux"
Certains tentent de déchiffrer l'adresse. Ils lisent tout consciencieusement lettre par lettre devant et derrière et forcément déclarent savoir où c'est.
Le nom de scène du guru chez qui on se rend est Mahakaal, le nom de Shiva quand il incarne le temps, mais malheureusement c'est aussi le nom d'un très célèbre temple de la ville. Alors, on fait plusieurs fois le tour en ricksha pour atterrir toujours sur ce sacré temple très loin du champ de foire !
Il y a des milliers de gens, du bruit, des hauts-parleurs qui hurlent musique et mantras, le soleil est toujours aussi fort et la journée théoriquement courte à l'air de pas en finir mais attention à 19 h il fait noir et si on n'a pas trouvé, on ne trouvera jamais...
Au bout du 10e, peut-être 20e, ça fait longtemps qu'on a arrêté de compter, on n'y croit plus, un ixième policier nous renseigne, le riksha repart dans une direction qu'on a déjà explorée, parcourt des chemins connus et d'autres inconnus, tourne en rond et enfin, enfin nous arrivons à bon port.stand MahakaalLe guru nous accueille. Son campement de toile est très grand. On est très bien reçu, on a une tente particulière et il nous propose des entrevues individuelles. On a plein de questions à lui poser. On a beaucoup lu sur les kapalika (notamment le livre de Dan Simmons qui nous fera visiter Kolkata l'année suivante) mais c'est la première fois qu'on en rencontre en vrai. On veut tout savoiri sur les kapalika, la kumbhamela et les gurus en général...
Il nous explique :guru Mahakaal"Ici, plus c'est grand plus ça en jette et c'est le but de cette manifestation, être vu, connu, reconnu..."
Il a dépensé beaucoup d'argent pour louer le terrain le plus grand possible, il a fait construire des toilettes et des douches. Chaque jour il fait paraître des articles dans les journaux et profite que plusieurs occidentaux aient répondu à son invitation pour demander une interview à la télé.
Chaque stand a des hauts-parleurs, les mantras des uns essaient de surpasser en volume les bhajans des autres ! Là aussi l'argent intervient, pour acheter les baffles les plus puissants possible... Les autels sont recouverts de statues plus brillantes et colorées les unes que les autres.autel dédié à KâlîUne foire aux gurus ! on n'avait pas pensé à ça !
Il nous explique ce qu'est un guru :
"Il fait le même travail que les psychothérapeutes occidentaux mais alors que ceux-ci reçoivent en séances d'une heure, le guru s'intéresse vraiment aux gens et les suit tout au long de leur cheminement"
Là c'est franchement marrant... en gros il fait la même chose que nous à l'école des arts de l'amour ! Bon, à part que nous on n'oserait pas parler allongé sur une table avec les disciples assis au sol !
Mahakaal nous confie aux bons soins de son fils, Siddhartha, pour nous donner les rudiments du tantra des kapalika. Celui-ci n'a rien à voir avec le tantra à l'occidental.

C'est celui de la nuit et des champs crématoires.
Quand tout le monde dort les kapalika veillent.
Leur monde est celui du jeûne et des excès, de l'alcool, de la mort, du sexe...

Après une nuit de veille un des invités a pris peur et est parti pratiquement en courant. Siddhartha lui aurait proposé des expériences homosexuelles. Je ne sais rien de la véracité de la proposition mais ce que je sais c'est :
et d'un il lui a proposé seul à seul et donc n'avait pas l'intention de le forcer et de toute façon un homme seul ne peut pas en forcer un autre de taille et de poids presque égal.
Et de deux, c'est ça le tantra des kapalika, affronter ses peurs. Je ne dis pas de passer à l'acte si "c'est pas notre truc" mais de regarder en face ce qui nous fait péter un câble, pour que les conditionnements ne nous mènent plus par le bout du nez.inde 2004 kumba mela UjjainQuand le pays se réveille, les kapalikas sont là aussi et les rituels sont les mêmes que dans les autres stands. Pourquoi ?
"Le peuple a besoin de rituels, de croyances... L'éducation n'est pas pour tous... mais la protection des kapalika oui..."
Peut-être vais-je vous choquer mais je partage cet avis sur l'apprentissage.


Avec le recul, Mahakaal et son fils ont été les gurus les plus honnêtes que nous avons rencontrés depuis que nous sillonnons l'Inde seuls ou avec les groupes de Voyage-autrement.

Nous sommes donc entrés dans le clan des kapalika ! Mais pas dans le m'as-tu-vu indien qui l'entoure...
Quoique... le jour de notre départ, on a eu une sensation de VIP à laquelle on prendrait vite goût :
Mahakaal tient à ce que quelques uns de ces gardes nous conduisent à la gare en voiture, un 4x4 tout neuf, très indien : les sièges encore recouverts de leurs plastiques de protection !
Nous embarquons nos bagages, et montons à bord. Évidemment, Siddhartha se vante de l'avoir acheter il y a seulement quelques jours exprès pour venir à la kumbha mela. Nous arrivons à la gare et lorsque nous descendons, trois des kapalika à bonnes carrures descendent pour nous escorter.
"Heueu... merci mais … c'est bon là... ça va aller, merci de nous avoir conduits.
– Non, mon père a dit de vous mener jusqu'au train.
– Ah bon... ben alors... si il l'a dit..."
Et nous voilà escortés par trois grands gars, tout vêtus de noir, la main sur le sabre, regardant la foule de haut avec les lunettes noires sur le nez et nous comme deux gruts essayant de nous faire tout petits, gênés par les regards des gens. Bizarrement, pas un flic en vue alors que c'en est habituellemnt blindé. La foule s'écarte en jetant des regards furtifs mais reste tête baissée sur NOTRE passage... enfin, le passage des kapalika... (lol)

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Published by sylveno - dans spiritualité
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commentaires

zapi 17/07/2011 22:44



Un beau voyage !



Arielle 15/07/2011 20:26



très impressionnant et passionnant.


bravo pour votre courage


arielle



sylveno 16/07/2011 05:23



merci... vous semblez aussi vivre une vie bien remplie...



peggy 07/07/2011 19:05



lu : Freddy mercury etait parsi, c'est vrai ?



sylveno 07/07/2011 19:28



oui, d'après ce qu'on a lu aussi. On parlera de cette communauté ds un prochain article, il y a de moins en moins de parsi...



Biche 07/07/2011 17:25



Chouette ! Un autre article ! Moi qui aime bien mon confort, vous me permettez de voyager sans sortir de chez moi !


Vous êtes des aventuriers !  Je suis sûre que je "peterai les plombs" en Inde par manque de repères habituels...


Bonne continuation



sylveno 07/07/2011 19:16



mercifidèle lectrice et bonne soirée



peggy 07/07/2011 08:11



J'imagine... et même des charlatans vous avez dû apprendre !! à partir du moment ou on garde son esprit critique, que l'on sait dire non, et que l'on garde sa liberté de penser, les autres
nous aiguillent, sans le vouloir des fois, j'ai eu un beau chaos chez moi dernièrement, eh bin ça remet les choses en place !!! des bisous !!



sylveno 07/07/2011 09:44



of course !
bisous