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  • : La vie au jour le jour en Inde, les voyages de connaissance de soi que nous proposons dans ce pays si différent de la France, toutes les réflexions qui nous viennent dans nos différentes expériences en comparaison avec ce que nous vivons en France.
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3 décembre 2010 5 03 /12 /décembre /2010 14:46

Je n'ai pas dormi la veille de la réunion ! Mais dès que Mannaram, le contractor, a vu l'homme de loi (le charter accountant) tout a été sur des roulettes !
Ça bâtit dans tous les coins, le plus difficile pour nous est d'être partout à la fois car il faut vraiment une surveillance incroyable, mais on est content, ça avance !


Le toit-terrasse a une pente correcte avec du ciment waterproof, travail fait à la machine avec une douzaine d'ouvriers, en une matinée.11. chantier machine11. chantier machine11. chantier machine
11. chantier machine


 

 

 

 





L'entrée pour la voiture est cimentée. Oui il y a un arbre à chameaux au milieu mais en attendant que d'autres plantes poussent c'est mieux que rien. 12. l'entrée pour la voiture
 Oui il y a une vache qui a marché sur le ciment frais, n'oublions pas (je ne sais pas comment on pourrait oublier...) qu'on est en Inde et que les vaches se baladent librement.










12. enduits de la maison de gardeLa maison de garde et les toilettes extérieures sont enduites.

L'escalier de la factory a des marches en budhpuria (pierre du coin très rustique).

12. pose des pierres de l'escalier

 

 

 

 




La salle de bains aura un chauffe-eau lundi.

12. tranchée pour les câbles d'arrivée électrique
L'électricité officielle est branchée
avec un câble enterré
et un truc très bien pensé par Enoch
pour que l'eau ne pénètre pas dans la gaine.





12. pose de l'électricité officielle
12. explications

Le puits est totalement opérationnel
grâce aux raccords envoyés par Rémi
et à l'ingéniosité d'Enoch
qui m'épate encore et toujours,
il a fait un système dont je vous épargne
le comment et le pourquoi, en utilisant une chambre à air !












12. Enoch inventeur
Zoé finit de nettoyer les traces de chaux sur les vitres avant de partir à Delhi où elle est invitée à rencontrer le Couple-Présidentiel-Français à l'ambassade !


12. les
Oui j'ai pèté un câble quand je me suis aperçue que le cuisiniste avait oublié de percer le marbre pour la conduite de gaz et qu'il m'a dit "tant pis, passe-la par un autre endroit !"






Oui j'ai failli hurler quand un maçon a rééclaboussé de ciment toute une vitre que je venais de finir (une heure par vitre !) et a refusé d'attendre que je scotche le plastique de protection me disant que ça s'enlevait très facilement avec du papier journal. Mais oubliant ou ne sachant pas que le ciment ça raye tout si on ne le fait pas à l'ongle !

Zoé me doit une manucure et une vie car j'ai pris sa place aux vitres toute une journée pour qu'elle puisse aller à un mariage ! Elle m'a promis de m'emmener au beauty-parlour et de me donner son 1° né !

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30 novembre 2010 2 30 /11 /novembre /2010 14:50

Notre "maison du bonheur" à Jagatpura devait être finie en septembre... Voilà où nous en sommes : enduits des murs, dalles extérieures, électricité et carrelage non finis...
Selon notre contrat, nous devions payer par tranches le chantier et garder 20% à ne donner qu'à la fin. C'est fait, mais Mannaram, le contractor, nous réclame sans arrêt ces 20% et essaie de nous arnaquer sur la taille du trou creusé pour le sous-sol (ça se paie au mètre cube). Pour éclaircir la situation, nous avons prévu une réunion avec "tout le monde" : notre partenaire, l'architecte, le comptable, le contractor et nous. Réunir 4 indiens au même endroit au même moment est un tour de force, ou un tour de passe-passe si on veut, il faut aller jusqu'à mentir sur l'horaire pour réussir à être tous là au même moment. Bon en tout cas, c'est fixé à mercredi. On verra... Il est courant de voir arriver quelqu'un 1 h après l'heure dite ou d'attendre, d'attendre... puis finir par téléphoner pour savoir quoi et apprendre que, ben non bien sûr le rendez-vous est changé, ben oui, un autre jour, comment... ? tu savais pas ?

Sur le chantier donc, tant qu'on n'a pas eu cette réunion, Mannaram ne nous met qu'un minimum de travailleurs 11. finitions 2 maçons seulementet il a pris un autre chantier à l'autre bout de la ville, il n'apparait chez nous que vers 16 h... Dans ces conditions déplorables, Enoch a essayé de trouver des ouvriers de façon dite sauvage ! Rien... Explication de notre cuisiniste : "De nos jours, il est très difficile de trouver des employés fiables parce que les gens travaillent quelques jours puis décident qu'ils ont assez d'argent pour rentrer dans leur village ne rien faire quelques semaines, ils reviennent quand l'argent est dépensé."









11. dalle livraisonLe second de Mannaram, maçon très compétent et futé, a décidé de nous aider et depuis 10 jours on paie 2 jeunes manoeuvres pour que ça avance...

Voilà en résumé l'ambiance !

11. finitions enduits
11. chaux vive






11. extinction de la chaux









Enoch et moi avons pris en charge l'électricité ce qui n'est pas une mince affaire... Mais impossible de faire autrement : les "électriciens" ne connaissent pas la différence entre les diamètres des câbles et le ruban scotch remplace le domino de connexion qui comme la prise de rallonge n'est pas connu ! Pour faire tourner sa disqueuse le carreleur enfonce 2 fils directs dans une des prises que j'ai dégotée mais qui ne "tient" pas et ne correspond à aucune norme. Il y en a deux qui ont cramé, plusieurs qui sont inutilisables parce qu'elles ne s'adaptent nulle part et les autres ont sans arrêt les fils qui foutent le camp. On a fait venir des connexions de France et on se demande si on va pas faire pareil pour les prises.

Enfin c'est quand même pratiquement fini pour le niveau industriel, il reste juste quelques fils à tirer dans la chambre des employés qui sera la nôtre au début. Pour l'étage, Zoé a dessiné tout ce qu'elle veut et c'est très long à mettre en place.

11 17électricité.012 copie
Il faut aussi s'interrompre tous les quarts d'heure pour veiller à ce que les manoeuvres ne soient pas payés à glander ou que les protections sur les choses n'aient pas été enlevées : toujours dixit notre cuisiniste, les indiens s'en foutent de l'environnement et des choses.11. finitions sdb Il nous présentait différentes "caisses" de cuisine intégrée et nous disait "en occident vous faites ces tiroirs avec de la sciure de bois collée qui est écofriendly nous on préfère le contre-plaqué parce qu'on s'en fout de l'environnement". Les ouvriers posent les éviers par exemple sur des cailloux, ils s'en fichent qu'ils soient rayés.

Dans la salle-de-bains, le carrelage posé, Enoch a tout nettoyé et j'ai posé des plastiques de protection au sol avant que les galets de marbre ne soient posés. Le lendemain le plastique était enlevé pour une raison inconnue et le chantier commencé direct sur le carrelage !
Vous pourriez penser que les propriétaires de maison ne font pas ça, mais si ! Pareil pour les voitures, c'est à celui qui aura la plus grosse mais rayée ou cabossée ils s'en foutent !

Nos menuisiers qui ont fabriqué notre magnifique porte, le jour de sa livraison, allaient la déposer sur des briques et pour la mettre verticale allaient utiliser un fer à béton.

11 la porte arriveHeureusement que je réagis vite ! Papier à bulles sur les briques et bâton de bois pour le redressage ! Très bons ouvriers mais ils s'en foutent !
Nous les avons surnommés "l'équipe des bras cassés", ils étaient 3 pour poser cette porte et n'ont pas cessé de débaucher nos ouvriers pour les aider. Ils n'avaient pas de vis, pas d'escabeau, pas d'équerres. Ils sont arrivés 2 jours après le rendez-vous pris et les 3 premiers jours de travail ils ont eu 4h de retard parce que leur roue de moto avait crevé, ils ont osé donner 3 jours la même excuse ! Vous qui n'êtes pas ici je me demande si vous allez nous croire ? Mais "croix de bois, croix de fer..."

11 la porte 4 jours après son arrivée !11. porte11. pose de la porte11. on y croyait plus                                                                  
Nous prenons le rikshaw tous les matins avec nos gamelles.

11. le matin arrivée en rikshaw


11. repas sur le chantier









On mange sous les "arbres à chameaux". Nous commençons à connaître les oiseaux du coin.red vented bulbul
Près de l'appart' il n'y a que ces abominables pigeons qui, nourris par les hindus, se reproduisent pire que des rats, squattant les balcons, les pots de plantes, la salle de bains si on ne mettait pas le holà (et oui les salles de bains n'ont pas de vitre !).

pigeons.035
Plus rarement on voit des paons,
on les entend surtout.mayur

Ici, toute la journée, les buffles du voisin font un petit bruit de gorge qu'on aime bien, très reposant.

buffles du voisin de Jagatpura









fourmi.



Une ou deux miettes aux écureuils

et aux fourmis...



écureuilécureuil














Nous reprenons avant la pause des ouvriers pour être tranquilles,

10. la sieste des ouvriers
hier le bruit de la ponceuse à carrelage c'était usant... Nous restons sur le chantier jusqu'à la nuit parfois ! Pour rentrer, comme la maison est en dehors des zones surpeuplées, Enoch marche 2 km pour retrouver un "nid de frelons", c'est comme ça que j'ai surnommé les points à rikshaws dont les conducteurs essaient tous de nous arnaquer sur les tarifs comme si on était des touristes ! Tous ont un "meter" (compteur-prix au km) mais ne le mettent pas... On ramène les ouvriers jusqu'à Jagat "centre"... à six dans le riksha, un soir, en passant une bosse il s'est cabré ! "indian hélicoptère !"

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12 juin 2010 6 12 /06 /juin /2010 10:56

...(suite de L'entreprise se construit)...

Nous dessinons des plans pour la factory. Il est indispensable de vivre sur place dans une boulangerie car le travail démarre dans la nuit et la surveillance des machine est constante. La qualité de vie est super importante et quand un programme est lancé, il est plus agréable de pouvoir être chez soi plutôt que dans un bureau ! Nous intégrons donc l'appart' de Zoé à la construction. Kapil et Rajindar nous parlent beaucoup des boundaries :
— Un corner plot doit laisser 3 côtés libres au lieu de 2. Mais on peut tricher avec un basement qui ferait toute la superficie du terrain.
— Oui, on a l'intention de mettre la factory en sous-sol, pour profiter de la fraîcheur de la terre. Mais c'est quoi ces boundaries ?

l'étage sylveno— C'est obligatoire !
— Certes, mais c'est quoi ?
— Faut laisser 1 m 50 sur 2 côtés et plus sur la façade principale.
— OooooK, on r'commence les plaaaans...
Sous-sol immense dans lequel on intégre un logement pour les employés plus appart' à l'étage un peu moins grand...
Quelques jours plus tard :
— Si vous faites un premier étage vous pouvez augmenter la dalle pour couvrir tout le terrain.
— Fallait le dire plus tôt... On change tout, Zoé pourrait habiter à l'étage et le rez-de-chaussée plus petit servirait pour nous !
Reprise des plans avec modif' à cause des escaliers...
L'histoire je vous l'abrège car ça a changé à chaque fois qu'on a fini des plans.
Le stress allait nous envahir alors on a pensé JDA !
Arrêtons d'écouter des on-dit adressons-nous directement aux "supposés-savoir".
5 visites, à chaque fois des renseignements différents !
Quand, Ô miracle (l'expression revient souvent mais ça fonctionne par coups de chance ici), on arrive chez Lavender, celle-même qui a dessiné le plan du lotissement et décidé de tout !
Et là, on s'accroche : elle nous montre les règles écrites qu'elle a elle-même pondues !
Ben non, nous non plus, pris dans la supposition générale, on croyait pas à leur mythique existence.
Mais elles existent, on les a vues !
Elle a imposé à notre parcelle 40 % boundairies 60 % constructible : 4 m 50 en façade, 3 m sur les deux côtés et le mur de derrière mitoyen.
— Mais personne ne construit comme ça en Inde !
— Ho oui, personne ne respecte les règles...
— ...ppfh...
— ...c'est vrai mais c'est un risque, si vous faites autrement le gouvernement peut démolir quand il veut ou si ça passe vous risquez de ne jamais pouvoir revendre.
— Et pour les étages ?
— Ha ça, c'est au pourcentage de la surface habitable et ça ne doit pas être fermé. Si vous fermez vous devez payer la surface en sus sur le prix imposé par le JDA
pour le terrain.
balconiesHa ouais, tu parles de la magouille indienne : le JDA impose un prix très bas, ce montant est payé par chèque au vendeur. Ensuite il y a le coût effectif : prix JDA généralement x 3 à donner en liquide au moment de l'achat !
Ashok nous confirme que beaucoup de maisons sont démolies parfois au bout de quelques années et on a vu le cas de celle qu'on n'a pas pu acheter.
Depuis, on a observé, des maisons sont coupées tout simplement quand elles dépassent de ce qui était prévu. Dans Mainbazar à Delhi cet hiver, toutes les "nouvelles" façades ont été enlevées parce qu'au fil des ans les commerçants avaient "mangé" la rue, un jour cinquante centimètres, un jour trente. Et puis brusquement, le gouvernement dit : "Stop, il n'y a pas de bakshish qui compte on revient au plan".
Ce printemps aussi à Jagat', des boutiques qui bouffaient quasiment trois mètres de route de chaque coté ont été bazardées.
Et puis nous sommes "foreigners", il faut faire les choses dans les règles...

enoch chez nous !
Nous partons donc sur des bases plus petites certes mais sûres. Zoé habitera le rez-de-chaussée pour ne pas avoir trop de marches à franchir chaque jour.
L'étage sera pour nous ou Rémi ou Morgane quand ils viendront donner un coup de main sur place.



Sur un tiers on réserve de la place pour un futur "jakuzy" (on a décidé de faire fortune oui ou non ?!) et on a mis une cuisine en plein air pour plus de confort pour les employés ou pour des barbecues avec la voisine !notre voisine à Jagatpura

Il ne nous restait qu'à signer un contrat devant un avocat (celui d'Ashok) avec un "contractor" (chef de chantier) et un architecte. Là encore nous avons été vernis lorsque une connaissance nous indique Shantanu, engagé comme architecte-conseil puisque les plans "c'est nous qu'on les a faits".

45 cm au-dessus du niveau de la route


Les photos montrent ce que ça donne.
Nous préciserons pour le fun que Mannaram le contractor que tu vois à gauche avec Enoch, ne parle que hindi, qu'il nous téléphone tous les jours (alors que nous allons tous les jours sur le chantier), mais il est super timide, ce qui ne l'empêche pas d'être ferme avec les employés et puis il craint tellement qu'on soit déçu par lui ! Avec lui, Enoch commence à construire des phrases, de là à comprendre tout ce qui est dit par rapport au chantier, il reste encore quelques progrès à faire. Zoé lui a trouvé une prof' très compétente à Bani park, après un intensif de 5 jours, il y retourne "à la demande".
Quant à Shantanu c'est un bon architecte, il a plein d'idées, il est beaucoup plus malin que tous les indiens rencontrés jusqu'à présent.

notre architecte-conseilSes défauts : il est toujours en retard et certains jours il plane... mais on lui pardonne car c'est réellement un gentil. La semaine dernière il n'était pas venu sur le terrain car il était malade :
— Je suis rentré de Delhi en avion et j'ai vu le plot, j'avais d'abord repéré le Skit collège... J'étais content, c'était ma visite de la semaine, du haut du ciel !
Il était mort de rire. C'est pas mignon ça ? Nous on aime ! Il rêve d'une ville où les gens arrêteraient d'être stupides et se rendraient compte qu'il faut des architectes pour une vue d'ensemble des constructions, pour que la ville soit partout jolie, comme Pink city...
Ça m'amène à la réflexion du jour :
Les indiens n'attachent pas d'importance à leur maison extérieur ni intérieur, sauf s'ils ont l'intention de louer ou de vendre, et encore.
Personne jusqu'à présent, à part l'archi, ne comprend notre envie de mettre une chatri et des jâlis sur nos murs :
— Tant d'argent pour rien...
Pour rien ? Mon plaisir à habiter un endroit joli, à embellir le paysage, à essayer de me fondre dans la beauté du Rajasthan... le plaisir c'est pas rien...
Nous on ne comprend pas à quoi leur sert leur argent économisé et placé en or ou en argent.
Je ne parle pas des basses castes qui triment pour quelques roupies pour survivre : le marchand de panipuri qu'on vient de croiser. Sa charrette bousculée par une voiture, ses biscuits tombés par terre, personne qui s'arrête pour si peu et lui qui ramasse. Vite. Avant que le feu passe au rouge... (Y'a des fois, ça met les larmes aux yeux hein ?). Pour gagner 10
रू  par jour, sûr qu'il n'a pas les moyens de s'offrir de l'esthétique environnementale. Mais tous ces riches commerçants, ils font quoi de leur fric. Ils offrent des lingots aux jeunes mariés qui s'en feront faire des bijoux qu'ils ne porteront pas...
Vous savez quand les indiens riches donnent aux pauvres ? Quand l'astrologie leur dit de le faire, que ce sera bon pour eux de le faire...
OK la fin d'article est très catégorique, mais nous aimerions vraiment qu'un indien aisé financièrement réponde à nos questions, on les pose souvent mais...
En occident, la richesse semble employée pour le bien-être, personnel bien sûr mais, pour reprendre le sujet des habitations, même si les intentions sont égocentriques, le m'as-tu vu, l'étalage, la mienne est plus gr...jolie, ça rejaillit sur l'environnement dont on profite tous.
La qualité de vie, c'est un critère ultime non ?

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10 juin 2010 4 10 /06 /juin /2010 20:05

Quand on reste longtemps dans un pays étranger, même si on ne parle pas bien la ou les langues locales, il y a des mots de français qui ne viennent plus naturellement... Par exemple, on ne dit jamais la boulangerie, mais "la factory" ou "la bakery" pour désigner l'entreprise !
Nous mettons des photos de l'avancée de la construction sur "Facebook", mais il y a longtemps que nous n'avons pas consacré un article à ce pourquoi nous sommes ici !
Tout d'abord ce premier article pour résumer ce qui nous a pris si longtemps à mettre en place :
Zoé est là depuis juin, elle a déniché un appart', commencé la création paperassière de l'entreprise et visité des maisons. Nous arrivons en septembre pour continuer avec elle la recherche d'un local.
On se rend vite compte qu'on ne peut pas louer. La fabrication de pâte à croissant demande une température constante pour des caractèristiques organoleptiques et un aspect optimals (bien dit non ?). Les locaux qu'on nous propose en location sont, disons le tout net, des garages : une pièce fermée par un rideau de fer... Le seul moyen d'avoir ce qui convient est de le construire de toute pièce. Nous décidons donc d'acheter pour pouvoir transformer, isoler, agencer... et réussir notre but : de vrais croissants haut de gamme.
Dans toutes les maisons visitées, tout est à refaire ! En plus, elles sont coincées entre d'autres maisons. Il faut savoir que les indiens, et c'est absolument systématique, sont très grégaires. Ils prétendent qu'il est préférable de vivre serrés avec les voisins pour préserver les habitudes de vie et être en sécurité (ça fera l'ojet d'un autre article)... Comme ils sont très accoutumés à une densité de population assez élevée, du coup, le bruit ne les empêche pas de dormir. Les agents immobiliers qui cherchent pour nous mettent un loooooong temps avant de comprendre que nous, on préfère un coin tranquille. Ils ont du mal à saisir que leurs critères ne sont pas les nôtres. Et que nous restons insensibles à leurs arguments massues genre :
— C'est le long d'une très grosse route, d'un côté Delhi, de l'autre Agra !
— Tu seras en face de la "colony" des indiens résidant à l'étranger.

Car le gouvernement a prévu un lotissement pour ses ouailles quand elles rentrent en Inde, c'est affreux, cossu bien sûr, le long d'un axe immense, ils retrouvent vite leurs repères quand ils ont manqués de pollution sonore lors de leurs séjours en occident !

Deux mois plus tard nous avons le sentiment d'avoir visité tout Jaipur et rien trouvé quand, Ô miracle, une maison pourrait être envisagée... Passons les détails des transactions pour aller directement à l'essentiel : le saint des saints, le "débir", le temple sacré de la construction, le JDA. Lisez "Jaipur Development Authority". JDA, jaipur development authority

C'est là que se délivrent les permis de vendre, d'acheter, de construire, là où se décident les prix des terrains, la hauteur de la maison, la taille du jardin et de quel côté doit se construire le mur mitoyen.
Le JDA, c'est un dédale de bureaux poussiéreux avec les inévitables crachats de "pan" rougissant le bas des murs comme dans toutes authentiques administrations indiennes.
Les bureaux et les couloirs sont bourrés de ballots de dossier. Oui, c'est leur méthode de classement : les dossiers sont mis apparemment en vrac dans des ballots de toile rouge et apparemment restent là, apparemment oubliés de tous.
Mais surprise, quand on a besoin d'un papier, un chef dit trois mots à un "grut" qui apparemment est le premier quidam qui passe dans le couloir à ce moment là et il ne s'écoule pas plus de quelques minutes avant de voir un autre grut surgir de nulle part avec le document recherché.
C'est après que nous découvrons le pourquoi de la lenteur internationalement réputée de l'administration indienne car s'ils sont effectivement ultra-rapides pour retrouver un document administratif, ils ne savent que rarement comment interpréter le document en question. Ils doivent toujours se mettre à plusieurs et palabrer longtemps avec moult mouvements d'allers et venues avant d'arriver à une conclusion.
En l'occurence, nous arrivons avec notre papier officiel de la maison visitée plus tôt et il ne faut pas moins d'une heure et demie à un groupe fluctant de deux à cinq, pour finir par apprendre que la maison est en fait en vente bloquée : les propriétaires ont construit sur les "boundaries" et donc ne peuvent vendre sans démollir. Retenez bien ce mot "boundaries", il va nous hanter encore pendant plusieurs mois !
Autre maison, autre problème : le JDA envisage un plan d'occupation. Cette zone sera habitations OU fly-over. Tant que c'est pas sûr tout est gelé (expression non adéquate en Inde, disons stoppé !) :
— Pour combien de temps ?
— Un certain temps...
Ça nous rappelle Fernand Raynaud on pourrait rire, sauf qu'ici, le "certain temps" peut durer des années et pour les familles c'est dramatique : nous avons discuté avec la fille aînée de l'une d'elles. Depuis des années le père s'est blessé au travail, il ne peut plus rien faire, la famille n'a aucun garçon. Les 8 filles voudraient rentrer au village où c'est plus facile pour manger et faire de petits boulots mais sans l'argent de la vente de la maison...
— Et si on achetait un terrain nu, est-ce que ce serait plus facile ?
Tous les indiens que nous connaissons nous donnent des conseils, l'avocat nous amène un soir chez son beau-frère, au sud de la ville, dans une ferme de buffles. On a le coup de foudre pour la zone environnante !
Zoé "tourne" plusieurs jours en scooter, se renseigne sur chaque parcelle libre...
jagatpuraOn demande à Kapil et Rajindar, nos agents, de prospecter ce coin. Au fur et à mesure que nous assimilons quelques subtilités, nous devenons plus exigeants, plus précis, on veut : un "corner plot" pour ne pas être entouré de voisins de tous les côtés, pas loin et au mieux devant une "facility" ou un parc), le terrain doit faire au moins 200 m². Les visites reprennent et un jour "ça y est". Tous les trois on saute de joie : corner plot, face à un champ de amlas appartenant à une ferme de buffles, 2 "facilities" à l'est du lotissement.
C'est Shiv Nagar 3, plot fifty !

Zoé sur son plotL'endroit est tout récemment mis à la construction donc, pas d'eau, pas d'électricité, pas de routes...
Bon, devinez ce que nous faisons ?
Mais oui, le JDA.
Rendez-vous à 9 h :
— À l'ouverture...
Nous sommes assis à 9 h dans le hall, personne à l'accueil sauf un homme qui attend comme nous...
Jusqu'à 10 h nous voyons défiler les voitures particulières avec chauffeur qui amènent les chefs pile devant la porte. Ce sont ceux qui ont les bureaux au 3e étage. Le garde de l'entrée leur fait un salut militaire.
Les autres arrivent à pied. Les moyens, ceux du 2e étage sont salués aussi mais moins rigoureusement et prennent l'ascenseur.
Et nous, on attend...
Un garde passe pour distribuer un "prasad". Ces gâteaux servis pour les rituels, qui portent la bénédiction, qui sont infects et que t'es obligé de manger parce que c'est "holy" ! Il s'aperçoit que l'homme qui attend avec nous s'est endormi. Il sort son téléphone pour le photographier, ça réveille le gars et tout le monde rit : — Too much waiting in JDA ! Ha, ha, elle est bonne celle-là, ...foir... va, rendez-vous à 9 h qu'ils avaient dit. Enfin, à 10 h 30 on nous conduit au chef du 3e qu'on commence à connaître depuis le temps !

C'est OK ! le terrain est à la vente et sera viabilisé avant un mois, on est les premiers à acheter...amlaAu Sud, un immense champs de amlas. On ne manquera pas de vitamines C ! et un élevage de buffles, lait frais à volonté ! Pas de maisons directes donc sur ce côté de la maison, la vue sera magnifique.
inauguration
Janine a ramené le Sauternes
route de Shiv nagar 3










C'est là que commence l'histoire des boundaries... (à suivre)

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18 avril 2010 7 18 /04 /avril /2010 12:36

C'est difficile de construire, de commencer cette entreprise en pays étranger. Il n'y a pas vraiment de mafia, non mais c'est seulement que paraît-il tout est corrompu. Connaissant maintenant le sens inné des indiens pour la parano, nous attendons de voir. Il nous est par deux fois arrivé de proposer à un intermédiaire de donner de l'argent pour faire accélérer les choses. À chaque fois, il a dit que ça ne pouvait pas. Alors pour nous, la célébrissime corruption indienne, c'est encore un gros mensonge dans lequel se complait la population pour justifier l'inertie et l'inefficacité. C'est facile, il n'y a qu'à accuser la corruption : c'est pas la peine de faire quoi que ce soit puisque de toutes façons "des méchants" vont payer pour museler toute action légale ou judiciaire...
D'expérience, mais bon on est encore nouveaux dans le pays, nous croyons plutôt qu'il faut accuser deux choses :
- une administration bureaucratique paperassière poussiéreuse noyée dans son propre
gigantisme
- une population qui a du mal à assimiler le changement culturel de la technologie et de la productivité de masse voulu par les lois du marché international dans lequel le pays veut concourir alors que justement la culture indienne et surtout hindouiste ne dispose pas à se genre de choses. (ouf la phrase était longue, respire !)

Shantanu l'architecte nous disait hier :
4 avril Trop dur pour la pelleteuse !
— De toutes façons il y aura un peu d'argent à laisser en plus, que tout soit fait légalement ou non !
On a profité pour lui demander :
— Comment tu fais pour vivre en Inde toi qui est intelligent et direct ?
Ça l'a fait rire :
— C'est très difficile quand tu es confiant ici. Tu te fais toujours avoir ! Par exemple, je change de femme de ménage tous les mois !

On est donc rassurés, l'aventure avec notre maid n'est pas exceptionnelle même pour des indiens.

Nous n'avons pas encore élucidé
le mystère concernant le raccordement électrique. Selon les normes le réseau doit être enterré mais il y aurait des fabricants de poteaux qui paieraient "l'edf indien" pour qu'ils installent des poteaux. Il y a un mois, nous avons payé 6 000 रू  pour le raccordement, nous devions avoir l'électricité dans les jours suivants. D'après des renseignements pris directement à la "power house" nous devrions encore attendre un mois de plus. Enoch en a parlé à l'agent immobilier qui nous a vendu le terrain parce que c'est un riche qui se donne des airs importants. Aucun résultat. Le contractor qui peut argumenter pour son chantier, aucun résultat. Le puisatier qui est un personnage connu et respecté dans le village, aucun résultat. C'est là d'ailleurs que nous avons proposé de payer pour que ça se fasse mais comme déjà dit, aucun résultat. Tiens en écrivant, je pense à Kapil et Rajendra, nos agents immobiliers. On essaiera de leur en toucher un mot à l'occas'.

 

colonnes

Enfin, à ce jour, le creusement du sous-sol est fini. Ça devait durer 2 jours, ça en fait 15 parce qu'ils n'ont pas pu utiliser la pelleteuse jusqu'au bout à cause d'une mauvaise organisation du chantier pensons-nous. Là ils finissent à la main en dégageant la terre avec des plateaux portés sur la tête !
Putain, c'est sûr que dès que possible, je (Enoch) fais organiser le chantier pour utiliser des brouettes et je leur apprends l'usage de cette machine si exotique !
Avec la sécheresse, la terre est très dure, un vrai caillou. Comme il n'y a pas d'électricité, il n'y a pas de pompe pour le puits ! Il a fallu faire venir des tracteurs avec des citernes d'eau qui sont déversées dans le trou pour ramollir la terre qui peut ensuite être creusée le lendemain.
V'là l'gaspillage !avril trop dur !
On est allé leur acheter deux réservoirs en plastique de 500 l et devinez quoi ?
Notre cher contractor a ronchonné que c'était pas suffisant !
Non mais des fois hein, y'a des choses, faut les vivre...
 

Enoch et Zoé sont tous les jours sur le terrain. Moi (Sylvie) j'y vais une fois par semaine pour la visite de l'architecte.

La communication est lente et pénible. Pas parce qu'on ne connait pas la langue, Enoch et Zoé se débrouillent assez en hindi pour comprendre et se faire comprendre du contractor. Non, ce qui pose problème c'est plein de trucs qu'on ne comprend pas. Les explications que nous donne Ashok sont souvent totalement incompréhensibles, ce n'est pas une question de langue, il parle français !
Par exemple : pour continuer maintenant il faut des fers à béton, du ciment, des pierres, du sable, bref tout le matos pour couler une dalle ! Nous demandons au contractor de nous dire les quantités nécessaires de tous ces matériaux pour passer les commandes. Nous n'avons pas réussi à le savoir avant que le trou soit fini ! Nous avons fait intervenir l'architecte qui parle la langue, rien n'a fait !
Du coup il a fallu tout faire en vitesse hier pour que l'équipe de travail ne soit pas débauchée ! Maintenant, ils ont le fer à béton. Ils peuvent donc s'occuper à le découper et à l'assembler pour faire les colonnes.
Le contractor (va falloir qu'on finisse par se rappeler son nom) a râlé à Ashok qu'on devait pas faire livrer des trucs qu'il avait pas demandé mais alors "pourquoi" (aïe, j'ai dit le mot interdit) il nous a donné la liste de ce qu'il lui fallait ?
En tout cas, vu comment ça s'est passé pour le creusement, je (Enoch) suis décidé à ne plus laisser faire à la mode du pays. En plus des brouettes, que ça lui plaise ou pas, il aura les matériaux livrés avant d'en avoir besoin, pas au dernier moment.


La cabane pour entreposer le matos avait été construite n'importe comment :
elle dépassait sur l'endroit de la construction !
cabane à matos

Avant de finir de creuser les emplacements pour les colonnes il a fallu la démolir en partie et la prolonger côté rue car il faut que notre garde puisse y dormir.
Nous on trouve évident qu'il faille un garde pour que le matériel ne soit pas volé mais l'explication donnée par les indiens est ubuesque :
— Beaucoup de vos voisins sont des paysans devenus riches parce qu'ils ont vendu leurs terres
 comme terrains à construire,  

alors ils ne travaillent plus, ils boivent
et rôdent la nu
it avec des armes pour voler !

 

Notre garde c'est ce "jeune" tout frêle ! Il a juste demander une lampe pour la nuit. Jusqu'à présent personne ne lui a tiré dessus !notre garde
et il a l'air confiant !
 

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Published by sylveno - dans le chantier
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