Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

C'est Nous

  • : L'Inde autrement
  • L'Inde autrement
  • : La vie au jour le jour en Inde, les voyages de connaissance de soi que nous proposons dans ce pays si différent de la France, toutes les réflexions qui nous viennent dans nos différentes expériences en comparaison avec ce que nous vivons en France.
  • Contact

Recherche

13 mars 2011 7 13 /03 /mars /2011 22:52

condition des femmes
Le lendemain de notre départ, Zoé fait une virée à Pushkar. En revenant le soir, elle va chercher son lait mais, surprise, tout le monde est parti. Buffles et buffliers ont disparu.
Elle se tourne vers Madan qui lui dit qu'ils sont partis à cause de nous, que le propriétaire leur a demandé de dégager parce qu'on leur achète du lait.
V'là le truc...
Les propriétaires de l'immense terrain et de 2 grandes maisons, nos voisins d'en face que nous avons surnommés les Amlas, fruit qu'ils cultivent en masse, ont quelques buffles aussi mais ils sont parqués de l'autre côté de la ferme. Ne voyant personne aller chez eux avec un bidon, nous pensions, avant cette histoire, que c'était uniquement pour eux ou pour la vente en ville. 
Justement Vandena arrive pour sa visite du soir avec la clé du mystère :
— Les buffliers louaient le bout de champ des Amlas. Les Amlas sont furieux contre les buffliers parce que vous leur prenez tous les jours 2 ou 3 litres. Du coup ils leur ont dit de partir.
— Dommage, j'aimais bien le patron. Ils sont dingues ces Amlas, pour quelques roupies...
— Il vaut mieux pas aller chez eux, c'est pas des bonnes gens : ils mélangent les deux laits, vaches et bufflonnes et ils mettent de l'eau en plus. Et ils le vendent au prix du lait de buffle (35 रू, le lait de vache est à 25). Tout le monde ici le sait et personne ne leur achète.
Vandena a beau être crédible et Zoé habituée aux coups foireux des indiens, elle doute quand même d'une histoire pareille.
Son incrédulité ne tiendra pas plus d'une demi heure : coup de fil de "Madame Amlas" à Madan, appel entendu par Zoé car "Madame Amlas", en bonne paysanne qu'elle est, hurle plutôt qu'elle ne parle :"— Bon, elle est revenue ? Alors elle vient le chercher son lait ?
— ... ? (Madame, c'est la voisine, elle demande si vous voulez du lait...)
— Ah tiens... Ah ben non, définitivement non !
Vandena rigole bien et Madan rit dans sa barbe.
Le lendemain, Zoé aperçoit le bufflier dans le champ, elle se précipite dehors et le hèle. Il vient récupérer quelques affaires. Il reste très discret et ne pipe mot de l'histoire mais il est ravi que Zoé lui demande où il est installé maintenant :
— À 5 minutes d'ici, juste de l'autre côté du collège.
— OK, très bien, je viens en scoot. Il est encore temps pour le lait ?...
policiers en vacances à Khajurâho

Quelques jours plus tard, nouvelle surprise pour Zoé et autre exemple du cerveau indien que nous ne pouvons pas comprendre.
Cette fois c'est le père de Vandena qui "part en live" :
— Papa demande si tu nous payes les vitres de nos fenêtres ?
Les parents de Vandena sont aisés, ils ont une maison plus grande que la nôtre mais en effet sans vitres comme chez beaucoup d'indiens. Les maisons n'étant absolument pas isolées, ils laissent les ouvertures sans verre mais bardées de grilles de fer pour évacuer la chaleur de l'été. Du coup, ils sont gelés en hiver mais c'est un autre débat. Certainement que Vandena a dû raconter à son père le confort d'une maison à l'occidentale avec des vitres, elle ignore les autres techniques d'isolation de notre maison...

Ces procédés "cheuloux" sont monnaie courante ici et l'occidental ne s'habitue jamais. Le bon côté de l'histoire c'est que les indiens ne s'en offusquent pas puisque pour eux c'est une pratique normale. Ils oublient donc très vite et un refus n'engendre pas de brouille.

Si vous voyagez dans ce charmant pays, les anecdotes du genre ne manquent pas et si vous voulez profiter de votre séjour sans vous laissez entraîner dans des événements indésirables, vous devrez changer votre façon de parler.
Allez, on ne résiste pas au plaisir de vous en conter encore une petite pour vous éclairer sur le caractère indien. Ça peut servir :
Zoé et une de ses amie sont au restaurant. Elles connaissent bien la place y étant déjà venues de nombreuses fois. Elles sont affamées et commandent un poulet boneless et du jeera rice puis partent dans un papotage à bâtons rompus. Elles papotent, elles papotent, et tout à coup se rendent compte qu'il commence quand même à se faire faim. Un coup d'oeil à la montre :
— Misère mais ça fait quand même 45 minutes qu'on parle et on n'est toujours pas servi là...
Serveur, mais que se passe-t-il ? Un problème ?
— Non, non, pas de problème. Ça vient, pas de problème...
Et le serveur entre dans la phase typiquement indienne "Je-ne-les-regarde-plus-et-dans-quelques-minutes-elles-auront-disparu".
Cette technique, appliquée fréquemment quand quelque chose dérange, est probablement un des restes de l'enseignement hindou millénaire "Tu crées ton univers par ta pensée".
Mais, confiantes et prises dans leur échange d'anecdotes, les 2 amies ne remarquent rien et donc ne disparaissent pas.
30 minutes plus tard, à nouveau prise de conscience du temps qui, quoi qu'en puisse dire l'enseignement traditionnel, commence à passer pas mal dixit la montre.
"— Heu, serveur...
— Oui, voilà, voilà !"
et il colle sur la table 2 plats repoussants : du poulet certes mais plein d'os et baignant dans du... une... un... truc...!
"— Ben c'est quoi ce truc ? SERVEUR...
Mince, elles sont encore là, elles ont pas disparu... Yes Ma'ame?
Ç'est quoi ça ?
— Du poulet. Vous avez commandé du poulet, c'est donc du poulet.
— Non, mais ça va pas du tout, je descends parler au manager...

— Bonjour. Qu'est-ce qu...
— Hello, vous allez bien ?
— Oui, ça va, ça va mais nous av...
— Et votre business, ça va ?
— Oui, oui, ça va mais je veux vous di...
— Et vos parents ça va ?
OUI, MES PARENTS VONT BIEN. Mais là, je viens pour une récl...
— Alors qu'est-ce que vous voulez ?
— Ah quand même ! Bon voilà alors on commande du poulet boneless et du jeera rice et on nous apporte des cuisses de poulet et en plus d'un aspect plus que suspect.
— Oui, oui, je sais mais on n'a plus de boneless ni de jeera rice...
— Ah d'accord, mais alors pourquoi le serveur ne l'a pas dit tout de suite ? on aurait demandé autre chose. On a attendu quand même plus d'une heure et demi pour un truc immangeable !

Et c'est là que Zoé, qui pourtant le sait depuis le temps qu'elle vit au pays, c'est là qu'elle commet l'erreur à éviter : ouvrir une brèche, donner un exemple, permettant à l'autre d'oublier la situation qui pose problème.

— Je suis venue souvent. Ça arrive que vous n'ayez pas ce que je veux. Par exemple la semaine dernière, je voulais un mutton biryani, vous n'en aviez plus et vous me l'avez dit alors j'ai choisi autre chose...
— Ah ben fallait le dire que vous vouliez un mutton biryani ? Parce ça on a, du mutton biryani !
— ?! ... Non mais... c'était juste un exemple... c'est... c'est juste pour dire que quand t'as pas, d'habitude, tu me le dis...
— On peut vous servir 2 mutton biryani dans 10 minutes sans problème...
— Mais c'est pas vrai, je vais le claquer là...
Non mais ça va laisse tomber...

Zoé remonte et se rasseoit.
— Bon, écoute, c'est des gruts. Pour faire simple : ils ont pas. Alors soit on commande autre chose, soit on se casse.

Et là, le serveur s'approche et s'adresse à la copine qui n'a pas entendu la conversation du bas avec le manager :
— Bon alors comme ça, je vous sers un mutton biryani ?
— Un mutton biryani ? C'est quoi cette histoire de mutton biryani ? J'aime pas le mouton ! Zoé, t'as demandé un biryani pour moi ?
— Mais pas du tout ! J'ai... non mais laisse. J'ai donné un exemple c'est tout... Je t'expliquerai plus tard.
On pourra plus rien en tirer... viens pour ce soir je t'invite chez moi.

La morale de ces histoires c'est "l'incroyabilité" des Indiens :
vous imaginez un bail agricole résilié du jour au lendemain pour 50
रू ?
vous imaginez votre voisin plus riche que vous vous demandant de payer ses factures ?
vous imaginez qu'on vous ignore totalement quand vous posez une question à laquelle on ne sait pas répondre ?
vous imaginez qu'on vous réponde n'importe quoi mais surtout pas "je ne sais pas" ?dodo à chandpolegate

Ben nous on le vit tous les jours mais on a encore du mal à y croire...

Le plus utile pour si vous visitez est le dernier cas : ne jamais demander votre route à un indien, s'il ne sait pas et c'est toujours le cas, il vous enverra n'importe en disant que c'est à 5 minutes à pied... mais jamais il ne dira qu'il n'en sait rien.
C'est comme ça que vous finissez la journée en ayant mal aux pieds alors qu'en Inde il y a tant de moyens de transport !
Ou alors il vous dira "ne va pas là où tu voulais aller, c'est nul, viens plutôt chez moi..."
goa look my shop
et là...
vous vous retrouvez dans la 2ème histoire où il finit toujours par vous demander de payer ses études ou la dot de sa soeur...

 

dormir à Vârânasî

Partager cet article

Repost 0
Published by sylveno - dans voyage
commenter cet article

commentaires