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C'est Nous

  • : L'Inde autrement
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  • : La vie au jour le jour en Inde, les voyages de connaissance de soi que nous proposons dans ce pays si différent de la France, toutes les réflexions qui nous viennent dans nos différentes expériences en comparaison avec ce que nous vivons en France.
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12 juin 2010 6 12 /06 /juin /2010 10:56

...(suite de L'entreprise se construit)...

Nous dessinons des plans pour la factory. Il est indispensable de vivre sur place dans une boulangerie car le travail démarre dans la nuit et la surveillance des machine est constante. La qualité de vie est super importante et quand un programme est lancé, il est plus agréable de pouvoir être chez soi plutôt que dans un bureau ! Nous intégrons donc l'appart' de Zoé à la construction. Kapil et Rajindar nous parlent beaucoup des boundaries :
— Un corner plot doit laisser 3 côtés libres au lieu de 2. Mais on peut tricher avec un basement qui ferait toute la superficie du terrain.
— Oui, on a l'intention de mettre la factory en sous-sol, pour profiter de la fraîcheur de la terre. Mais c'est quoi ces boundaries ?

l'étage sylveno— C'est obligatoire !
— Certes, mais c'est quoi ?
— Faut laisser 1 m 50 sur 2 côtés et plus sur la façade principale.
— OooooK, on r'commence les plaaaans...
Sous-sol immense dans lequel on intégre un logement pour les employés plus appart' à l'étage un peu moins grand...
Quelques jours plus tard :
— Si vous faites un premier étage vous pouvez augmenter la dalle pour couvrir tout le terrain.
— Fallait le dire plus tôt... On change tout, Zoé pourrait habiter à l'étage et le rez-de-chaussée plus petit servirait pour nous !
Reprise des plans avec modif' à cause des escaliers...
L'histoire je vous l'abrège car ça a changé à chaque fois qu'on a fini des plans.
Le stress allait nous envahir alors on a pensé JDA !
Arrêtons d'écouter des on-dit adressons-nous directement aux "supposés-savoir".
5 visites, à chaque fois des renseignements différents !
Quand, Ô miracle (l'expression revient souvent mais ça fonctionne par coups de chance ici), on arrive chez Lavender, celle-même qui a dessiné le plan du lotissement et décidé de tout !
Et là, on s'accroche : elle nous montre les règles écrites qu'elle a elle-même pondues !
Ben non, nous non plus, pris dans la supposition générale, on croyait pas à leur mythique existence.
Mais elles existent, on les a vues !
Elle a imposé à notre parcelle 40 % boundairies 60 % constructible : 4 m 50 en façade, 3 m sur les deux côtés et le mur de derrière mitoyen.
— Mais personne ne construit comme ça en Inde !
— Ho oui, personne ne respecte les règles...
— ...ppfh...
— ...c'est vrai mais c'est un risque, si vous faites autrement le gouvernement peut démolir quand il veut ou si ça passe vous risquez de ne jamais pouvoir revendre.
— Et pour les étages ?
— Ha ça, c'est au pourcentage de la surface habitable et ça ne doit pas être fermé. Si vous fermez vous devez payer la surface en sus sur le prix imposé par le JDA
pour le terrain.
balconiesHa ouais, tu parles de la magouille indienne : le JDA impose un prix très bas, ce montant est payé par chèque au vendeur. Ensuite il y a le coût effectif : prix JDA généralement x 3 à donner en liquide au moment de l'achat !
Ashok nous confirme que beaucoup de maisons sont démolies parfois au bout de quelques années et on a vu le cas de celle qu'on n'a pas pu acheter.
Depuis, on a observé, des maisons sont coupées tout simplement quand elles dépassent de ce qui était prévu. Dans Mainbazar à Delhi cet hiver, toutes les "nouvelles" façades ont été enlevées parce qu'au fil des ans les commerçants avaient "mangé" la rue, un jour cinquante centimètres, un jour trente. Et puis brusquement, le gouvernement dit : "Stop, il n'y a pas de bakshish qui compte on revient au plan".
Ce printemps aussi à Jagat', des boutiques qui bouffaient quasiment trois mètres de route de chaque coté ont été bazardées.
Et puis nous sommes "foreigners", il faut faire les choses dans les règles...

enoch chez nous !
Nous partons donc sur des bases plus petites certes mais sûres. Zoé habitera le rez-de-chaussée pour ne pas avoir trop de marches à franchir chaque jour.
L'étage sera pour nous ou Rémi ou Morgane quand ils viendront donner un coup de main sur place.



Sur un tiers on réserve de la place pour un futur "jakuzy" (on a décidé de faire fortune oui ou non ?!) et on a mis une cuisine en plein air pour plus de confort pour les employés ou pour des barbecues avec la voisine !notre voisine à Jagatpura

Il ne nous restait qu'à signer un contrat devant un avocat (celui d'Ashok) avec un "contractor" (chef de chantier) et un architecte. Là encore nous avons été vernis lorsque une connaissance nous indique Shantanu, engagé comme architecte-conseil puisque les plans "c'est nous qu'on les a faits".

45 cm au-dessus du niveau de la route


Les photos montrent ce que ça donne.
Nous préciserons pour le fun que Mannaram le contractor que tu vois à gauche avec Enoch, ne parle que hindi, qu'il nous téléphone tous les jours (alors que nous allons tous les jours sur le chantier), mais il est super timide, ce qui ne l'empêche pas d'être ferme avec les employés et puis il craint tellement qu'on soit déçu par lui ! Avec lui, Enoch commence à construire des phrases, de là à comprendre tout ce qui est dit par rapport au chantier, il reste encore quelques progrès à faire. Zoé lui a trouvé une prof' très compétente à Bani park, après un intensif de 5 jours, il y retourne "à la demande".
Quant à Shantanu c'est un bon architecte, il a plein d'idées, il est beaucoup plus malin que tous les indiens rencontrés jusqu'à présent.

notre architecte-conseilSes défauts : il est toujours en retard et certains jours il plane... mais on lui pardonne car c'est réellement un gentil. La semaine dernière il n'était pas venu sur le terrain car il était malade :
— Je suis rentré de Delhi en avion et j'ai vu le plot, j'avais d'abord repéré le Skit collège... J'étais content, c'était ma visite de la semaine, du haut du ciel !
Il était mort de rire. C'est pas mignon ça ? Nous on aime ! Il rêve d'une ville où les gens arrêteraient d'être stupides et se rendraient compte qu'il faut des architectes pour une vue d'ensemble des constructions, pour que la ville soit partout jolie, comme Pink city...
Ça m'amène à la réflexion du jour :
Les indiens n'attachent pas d'importance à leur maison extérieur ni intérieur, sauf s'ils ont l'intention de louer ou de vendre, et encore.
Personne jusqu'à présent, à part l'archi, ne comprend notre envie de mettre une chatri et des jâlis sur nos murs :
— Tant d'argent pour rien...
Pour rien ? Mon plaisir à habiter un endroit joli, à embellir le paysage, à essayer de me fondre dans la beauté du Rajasthan... le plaisir c'est pas rien...
Nous on ne comprend pas à quoi leur sert leur argent économisé et placé en or ou en argent.
Je ne parle pas des basses castes qui triment pour quelques roupies pour survivre : le marchand de panipuri qu'on vient de croiser. Sa charrette bousculée par une voiture, ses biscuits tombés par terre, personne qui s'arrête pour si peu et lui qui ramasse. Vite. Avant que le feu passe au rouge... (Y'a des fois, ça met les larmes aux yeux hein ?). Pour gagner 10
रू  par jour, sûr qu'il n'a pas les moyens de s'offrir de l'esthétique environnementale. Mais tous ces riches commerçants, ils font quoi de leur fric. Ils offrent des lingots aux jeunes mariés qui s'en feront faire des bijoux qu'ils ne porteront pas...
Vous savez quand les indiens riches donnent aux pauvres ? Quand l'astrologie leur dit de le faire, que ce sera bon pour eux de le faire...
OK la fin d'article est très catégorique, mais nous aimerions vraiment qu'un indien aisé financièrement réponde à nos questions, on les pose souvent mais...
En occident, la richesse semble employée pour le bien-être, personnel bien sûr mais, pour reprendre le sujet des habitations, même si les intentions sont égocentriques, le m'as-tu vu, l'étalage, la mienne est plus gr...jolie, ça rejaillit sur l'environnement dont on profite tous.
La qualité de vie, c'est un critère ultime non ?

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Published by sylveno - dans le chantier
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commentaires

Biche 18/06/2010 15:02



Bonjour à tous,


Je découvre votre blog par l'intermédiaire de celui d'Alice Kara, et je le trouve très interessant. Mention spéciale pour votre article sur la conduite en Inde! Pour ma part c'est la conduite
accompagné avec mon fils (en France) et ce n'est pas triste non plus!!!...


Bref, en vous lisant, je me dis que je suis bien à ma place en France et pas ailleurs! J'ai besoin d'être proche de mes racines!


Je pense que je vous lirai régulièrement. Je vous souhaite une bonne continuation et la réussite dans votre projet de boulangerie française.


Bien à vous.   Biche



sylveno 19/06/2010 07:46



Merci de nous lire.
Le pire quand on rentre en France c'est le côté de la route où il faut aller quand on tourne !
Pour le reste c'est moins craignos qu'ici !
Les accidents ici sont très courants, j'en ai vus 3 mortels quand même en 8 mois, mais la vitesse étant très réduite les dégâts sont plus souvent matériels.



Armide et Pistol 15/06/2010 21:02



Si seulement la mondialisation (aux effets souvent néfastes à mon avis) pouvait mener à bien sa vocation première d'améliorer le sort des plus pauvres au lieu que le désir de rentabilité de la
part d'une minorité sur le globe terrestre ne fasse basculer ma majorité vers la paupérisation...