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C'est Nous

  • : L'Inde autrement
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  • : La vie au jour le jour en Inde, les voyages de connaissance de soi que nous proposons dans ce pays si différent de la France, toutes les réflexions qui nous viennent dans nos différentes expériences en comparaison avec ce que nous vivons en France.
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10 juin 2010 4 10 /06 /juin /2010 20:05

Quand on reste longtemps dans un pays étranger, même si on ne parle pas bien la ou les langues locales, il y a des mots de français qui ne viennent plus naturellement... Par exemple, on ne dit jamais la boulangerie, mais "la factory" ou "la bakery" pour désigner l'entreprise !
Nous mettons des photos de l'avancée de la construction sur "Facebook", mais il y a longtemps que nous n'avons pas consacré un article à ce pourquoi nous sommes ici !
Tout d'abord ce premier article pour résumer ce qui nous a pris si longtemps à mettre en place :
Zoé est là depuis juin, elle a déniché un appart', commencé la création paperassière de l'entreprise et visité des maisons. Nous arrivons en septembre pour continuer avec elle la recherche d'un local.
On se rend vite compte qu'on ne peut pas louer. La fabrication de pâte à croissant demande une température constante pour des caractèristiques organoleptiques et un aspect optimals (bien dit non ?). Les locaux qu'on nous propose en location sont, disons le tout net, des garages : une pièce fermée par un rideau de fer... Le seul moyen d'avoir ce qui convient est de le construire de toute pièce. Nous décidons donc d'acheter pour pouvoir transformer, isoler, agencer... et réussir notre but : de vrais croissants haut de gamme.
Dans toutes les maisons visitées, tout est à refaire ! En plus, elles sont coincées entre d'autres maisons. Il faut savoir que les indiens, et c'est absolument systématique, sont très grégaires. Ils prétendent qu'il est préférable de vivre serrés avec les voisins pour préserver les habitudes de vie et être en sécurité (ça fera l'ojet d'un autre article)... Comme ils sont très accoutumés à une densité de population assez élevée, du coup, le bruit ne les empêche pas de dormir. Les agents immobiliers qui cherchent pour nous mettent un loooooong temps avant de comprendre que nous, on préfère un coin tranquille. Ils ont du mal à saisir que leurs critères ne sont pas les nôtres. Et que nous restons insensibles à leurs arguments massues genre :
— C'est le long d'une très grosse route, d'un côté Delhi, de l'autre Agra !
— Tu seras en face de la "colony" des indiens résidant à l'étranger.

Car le gouvernement a prévu un lotissement pour ses ouailles quand elles rentrent en Inde, c'est affreux, cossu bien sûr, le long d'un axe immense, ils retrouvent vite leurs repères quand ils ont manqués de pollution sonore lors de leurs séjours en occident !

Deux mois plus tard nous avons le sentiment d'avoir visité tout Jaipur et rien trouvé quand, Ô miracle, une maison pourrait être envisagée... Passons les détails des transactions pour aller directement à l'essentiel : le saint des saints, le "débir", le temple sacré de la construction, le JDA. Lisez "Jaipur Development Authority". JDA, jaipur development authority

C'est là que se délivrent les permis de vendre, d'acheter, de construire, là où se décident les prix des terrains, la hauteur de la maison, la taille du jardin et de quel côté doit se construire le mur mitoyen.
Le JDA, c'est un dédale de bureaux poussiéreux avec les inévitables crachats de "pan" rougissant le bas des murs comme dans toutes authentiques administrations indiennes.
Les bureaux et les couloirs sont bourrés de ballots de dossier. Oui, c'est leur méthode de classement : les dossiers sont mis apparemment en vrac dans des ballots de toile rouge et apparemment restent là, apparemment oubliés de tous.
Mais surprise, quand on a besoin d'un papier, un chef dit trois mots à un "grut" qui apparemment est le premier quidam qui passe dans le couloir à ce moment là et il ne s'écoule pas plus de quelques minutes avant de voir un autre grut surgir de nulle part avec le document recherché.
C'est après que nous découvrons le pourquoi de la lenteur internationalement réputée de l'administration indienne car s'ils sont effectivement ultra-rapides pour retrouver un document administratif, ils ne savent que rarement comment interpréter le document en question. Ils doivent toujours se mettre à plusieurs et palabrer longtemps avec moult mouvements d'allers et venues avant d'arriver à une conclusion.
En l'occurence, nous arrivons avec notre papier officiel de la maison visitée plus tôt et il ne faut pas moins d'une heure et demie à un groupe fluctant de deux à cinq, pour finir par apprendre que la maison est en fait en vente bloquée : les propriétaires ont construit sur les "boundaries" et donc ne peuvent vendre sans démollir. Retenez bien ce mot "boundaries", il va nous hanter encore pendant plusieurs mois !
Autre maison, autre problème : le JDA envisage un plan d'occupation. Cette zone sera habitations OU fly-over. Tant que c'est pas sûr tout est gelé (expression non adéquate en Inde, disons stoppé !) :
— Pour combien de temps ?
— Un certain temps...
Ça nous rappelle Fernand Raynaud on pourrait rire, sauf qu'ici, le "certain temps" peut durer des années et pour les familles c'est dramatique : nous avons discuté avec la fille aînée de l'une d'elles. Depuis des années le père s'est blessé au travail, il ne peut plus rien faire, la famille n'a aucun garçon. Les 8 filles voudraient rentrer au village où c'est plus facile pour manger et faire de petits boulots mais sans l'argent de la vente de la maison...
— Et si on achetait un terrain nu, est-ce que ce serait plus facile ?
Tous les indiens que nous connaissons nous donnent des conseils, l'avocat nous amène un soir chez son beau-frère, au sud de la ville, dans une ferme de buffles. On a le coup de foudre pour la zone environnante !
Zoé "tourne" plusieurs jours en scooter, se renseigne sur chaque parcelle libre...
jagatpuraOn demande à Kapil et Rajindar, nos agents, de prospecter ce coin. Au fur et à mesure que nous assimilons quelques subtilités, nous devenons plus exigeants, plus précis, on veut : un "corner plot" pour ne pas être entouré de voisins de tous les côtés, pas loin et au mieux devant une "facility" ou un parc), le terrain doit faire au moins 200 m². Les visites reprennent et un jour "ça y est". Tous les trois on saute de joie : corner plot, face à un champ de amlas appartenant à une ferme de buffles, 2 "facilities" à l'est du lotissement.
C'est Shiv Nagar 3, plot fifty !

Zoé sur son plotL'endroit est tout récemment mis à la construction donc, pas d'eau, pas d'électricité, pas de routes...
Bon, devinez ce que nous faisons ?
Mais oui, le JDA.
Rendez-vous à 9 h :
— À l'ouverture...
Nous sommes assis à 9 h dans le hall, personne à l'accueil sauf un homme qui attend comme nous...
Jusqu'à 10 h nous voyons défiler les voitures particulières avec chauffeur qui amènent les chefs pile devant la porte. Ce sont ceux qui ont les bureaux au 3e étage. Le garde de l'entrée leur fait un salut militaire.
Les autres arrivent à pied. Les moyens, ceux du 2e étage sont salués aussi mais moins rigoureusement et prennent l'ascenseur.
Et nous, on attend...
Un garde passe pour distribuer un "prasad". Ces gâteaux servis pour les rituels, qui portent la bénédiction, qui sont infects et que t'es obligé de manger parce que c'est "holy" ! Il s'aperçoit que l'homme qui attend avec nous s'est endormi. Il sort son téléphone pour le photographier, ça réveille le gars et tout le monde rit : — Too much waiting in JDA ! Ha, ha, elle est bonne celle-là, ...foir... va, rendez-vous à 9 h qu'ils avaient dit. Enfin, à 10 h 30 on nous conduit au chef du 3e qu'on commence à connaître depuis le temps !

C'est OK ! le terrain est à la vente et sera viabilisé avant un mois, on est les premiers à acheter...amlaAu Sud, un immense champs de amlas. On ne manquera pas de vitamines C ! et un élevage de buffles, lait frais à volonté ! Pas de maisons directes donc sur ce côté de la maison, la vue sera magnifique.
inauguration
Janine a ramené le Sauternes
route de Shiv nagar 3










C'est là que commence l'histoire des boundaries... (à suivre)

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Published by sylveno - dans le chantier
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commentaires

Armide et Pistol 15/06/2010 20:54



Les critères d'habitabilité semblent en effet différents (jusqu'à atteindre des proportions caricaturales). Et les lenteurs administratives ne sont pas imputables aux mêmes causes que chez nous.
Mais vous vous en être admirablement bien tirés.



sylveno 16/06/2010 09:04



Merci.