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C'est Nous

  • : L'Inde autrement
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  • : La vie au jour le jour en Inde, les voyages de connaissance de soi que nous proposons dans ce pays si différent de la France, toutes les réflexions qui nous viennent dans nos différentes expériences en comparaison avec ce que nous vivons en France.
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29 mai 2010 6 29 /05 /mai /2010 20:45

Kathputli signifie "poupées qui dansent" c'est un art typiquement rajasthanais . Le long de tous les endroits-à-touristes des vendeurs te proposent des marionnettes à fils basiques pour 50 ou 100 रू . J'aurais voulu rencontrer les artisans qui les fabriquent mais, de même que pour les hijras, difficile de savoir où ils crèchent !
— Dans les villages...
— C'est loin et quand tu veux leur acheter directement ils augmentent les prix tu fais mieux de les prendre dans un emporium !
Impossible de faire comprendre que ce qui m'intéresse c'est la fabrication et la rencontre avec cette caste : j'ai pas l'intention de monter un castelet ni d'acheter pour un bizness.
Tant pis, je trouverai toute seule.
Au stadium, le jour de la fête des cerfs-volants je rencontre un montreur de puppets. Il me file sa carte en m'expliquant qu'il vit avec sa famille juste à côté de notre appart', à côté du JDA précise-t-il.
Le lendemain, je fais un repérage pour les trouver. Personne ne connait ! Je tourne plus d'une heure dans le quartier et je finis par laisser tomber.
Je propose à Janine de reprendre l'enquête avec moi. J'ai la carte de visite d'un 2e marionnettiste rencontré chez le marchand de légumes du coin de la rue. Encore une fois, personne ne sait...
Nous vérifions sur
Google maps...eh oui c'est apparemment juste à côté de chez nous. Un ricksha nous amène et nous dit :
— C'est là... mais cette adresse exacte, je sais pas.
— On va essayer d'appeler le numéro de la carte de visite...
Pas de réponse !
Ça grouille de monde ici et tous commencent à nous mettre la pression. Les rickshawala nous demandent un prix exorbitant pour rentrer à l'appart' !
— Viens, on s'éloigne, à pied, on trouvera un vélo un peu plus loin...
À l'ombre d'un arbre deux rues plus loin on rappelle le n° de la carte quand une moto freine devant nous, le marionnettiste tout transpirant en descend !
— Sorry, j'étais dans Pink city, un ami m'a dit que vous me cherchiez...
Le tamtam indien ! ça fonctionne bien !

kathpuli dans un bidonville
On le suit, on était bien au bon endroit, il faut rentrer derrière le mur qui longe la rue et là, il vaut mieux être accompagné : un dédale de ruelles minuscules à travers des maisons de briques (et de broc !) et de tôles.
À 2 minutes de notre appart'. C'est incroyable, un bidonville, en plein quartier chic, pas loin du Mac Do... derrière un mur où on passe tous les jours.

Un beau mur d'ailleurs peint avec le rose des couleurs de la ville et entièrement décoré
de personnages rajasthanais !

mur cachant le slum
Avec ce mur, le gouvernement cache l'horreur mais
les laisse squatter et subvient à leurs besoins en électricité et en eau, que faire de mieux ? Trop de gens, trop de pauvres...







Prakash Bhatt
est tout content de notre visite. Il nous commente la visite : là... (ah oui, cette cour de 2 m sur 3 ! on aurait pu passer sans la voir !)... les enfants qui peignent les têtes de bois.
Les enfants peignent les têtes des marionnettes
Un peu plus loin c'est le vieux qui sculpte les têtes. Je m'imaginais un atelier d'artiste : il est là assis sur une couverture avec des copains, ils boivent le tchai. En face, un abreuvoir avec un robinet, un jeune tout nu se lave en riant. Le sculpteur nous montre le "stock" de bois pour faire les têtes, quelques mini-rondins de manguier.


sculpteur sur bois











Juste à côté, une autre mini-pièce recouverte de tôles : des femmes et des fillettes coupent de vieux saris, fabriqu elles utilisent leurs pieds pour tenir ce qu'elles cousent. Il fait très chaud pourtant il y a un ventilateur. Il y a même une petite télé.

Les femmes cousent les poupées
Prakash nous parle d'une anglaise venue le soutenir jusqu'en 2008, du site internet qu'elle a créé. Il a du matériel que je ne m'attendais pas à voir là : des instruments de musique et un camescope tout neuf sur lequel nous visionnons des spectacles qu'il a organisés. Son pressbook est rempli d'affiches de tournées en France.
— Là, c'est l'endroit où je fais la classe, j'apprends à ceux qui le veulent l'art des marionnettes.

salle de classe

Je voudrais surtout que la tradition ne se perde pas et je voudrais aussi aider ma communauté. Beaucoup d'entre eux se sont mis à boire et à se droguer, il n'y a plus de travail. Les touristes achètent des marionnettes dans les emporiums qui font travailler leurs ouvriers, pas nous.



— Oui, à Udaipur j'ai vu un magasin où derrière une rangée de porte-manteaux un homme assis par terre peignait des têtes.
À Udaipur ils ont de la chance, ils ont un théâtre de la ville où se produire, on voulait y aller mais on ne nous accepte pas là-bas. Pourtant on est la même famille. On est des artistes mais on ne veut plus de nous.
Il parle des Bhatt.
Cette famille vit depuis très longtemps dans la région du Marwar au Rajasthan. Au 8e siècle, ils créent un théâtre de poupées sculptées en argile mettant en scène les figurines décorant le trône du roi. De souverain en souverain ils divertissent la cour. Les Kalet, sous-caste des Bhatt, fabriquent des poupées en épis de maïs. L'empereur Akbar au 16e siècle les choisit pour
inventer un spectacle qui raconte ses exploits.
Depuis ce temps,
les histoires se situent toujours à la cour d'Akbar.l'empereur Akbar mécène des Kalet


Après plusieurs siècles, les poupées de bois remplacent les poupées d'épis de maïs. Les artistes attachent un fil à la marionnette pour faciliter les mouvements. Des centres d'intérêt différents dans les cours mogholes ont, petit à petit, obligé les marionnettistes à jouer dans les rues.


Aujourd'hui on est demandé dans des fêtes familiales ou des grands hôtels pour amuser les touristes mais ça ne nourrit pas tout le monde... Notre art va disparaître...
Prakash nous amène dans une autre mini-maison, les étagères sont pleines de sacs de toile jute et de malles en métal. Il étale une couverture, ouvre les sacs et là...dévoile les trésors de la caverne d'Ali Baba !

les marionnettes
Des marionnettes très propres. C'est ce contraste avec le reste de l'endroit qui apparaît en premier. Des sacs et des sacs de pouées neuves avec de magnifiques robes colorées : les marionnettes n'ont jamais de jambe (enfin, sauf une : le cavalier-acrobate qui fait des tours à cheval). Les autres ont une sorte de costume moghol. Une longue jupe flottante de coton ou de soie donne un effet léger quand l'artiste la manipule. Je dis bien "l'artiste" ! Janine essaie d'en actionner une, les ficelles s'emmêlent, une finit par se casser ! Je n'essaie même pas !
initiation de Janine
— Regarde, il n'y a qu'un seul fil, une extrémité au sommet de la tête, l'autre à la ceinture. Je fais des boucles dans le fil et par une série de sauts en relâchant plus ou moins les boucles entre les doigts ça donne ça.
S'ensuivent des mouvements fluides ! Je n'ai pas de camescope, il faudra que tu ailles voir sur place, ça vaut le coup !
La danseuse et le charmeur de serpent ont plus de fils.
Déballage d'un autre sac :
— Celles-là ont été faites par mon grand-père.
Praskah nous montre une photo...
— Les Kathputli nous protègent, elles écartent les dangers. On ne les vend pas, on se les transmet de génération en génération, on ajoute un vêtement sur un autre quand il est trop vieux. Les poupées trop abimées pour jouer, on les met dans une rivière sacrée comme pour les cendres des humains. On vend seulement celles avec lesquelles on ne joue pas.
Janine et moi achetons (cher, mais la visite le vaut !) chacune une poupée. La mienne est réversible, sous la jupe de la femme se cache un homme, ou le contraire !

Prakash Bhatt et ses kathpuli
Nous nous serions perdues sans Prakash pour nous ramèner sur la grand-rue ! 







Je suis retournée ensuite prendre d'autres photos, à l'extérieur de la colony : dans cette rue, pas loin du Memorial et du superbe bâtiment de l'assemblée législative, une odeur de crottes humaines envahit tout, surtout sous ce soleil de mai. Là j'ai aperçu 2 gamins, un de 7 ans versant de l'eau à la bouteille sur les fesses d'un plus petit faisant caca. Pauvres mais propres !

slum marionnettistes
slum marionnettistes
cricket
slum marionnettistes
Cet article est un simple constat. Je rappelle pour les nouveaux lecteurs que nous écrivons ce blog pour raconter nos aventures en Inde. Nous nous laissons toucher par ce que nous voyons : parfois ça nous énerve, parfois ça nous fait rire ou pleurer, parfois ça nous épate, souvent nous ne comprenons rien... nous apprenons tous les jours à remettre en cause nos idées sur la vie.
Il est toujours dommage de voir des métiers traditionnels disparaître. Tout ce qui fait l'Inde pour nous occidentaux : les peintures des havelis, la couleur de Pink-city, les portes sculptées, les châtri, les jalis, la karoli stone taillée... Tout est balayé par le bétonnage à outrance, le plastique et le "plywood"... Mais nous, en occident, avons aussi connu les années "formica" et le parping continue à suplanter les briques ou les pierres. Je n'en lancerai donc pas aux indiens !

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commentaires

sylveno 01/06/2010 12:07




J'ai été très touchée par le fait que ce que l'on
a pu faire ensemble (les hijras, les marionnettes) puisse se prolonger pour toi par l'écriture et moi par la lecture. Encore une autre façon de travailler en duo. Merci
Bisous Jeannine






sylveno 01/06/2010 12:15



Le commentaire est un extrait d'un mail de Janine .   


Moi aussi je suis contente d'avoir pu vivre et prolonger ces aventures
avec toi.


Sylvie


 



Armide et Pistol 29/05/2010 21:48



Merci de partager avec nous votre expérience personnelle. A travers les dédales de ruelles, on suit les dédales de notre esprit et ses méandres se transforment à leur tour.


Mieux vallait donc se donner le mal et prendre le temps de connaître cette "entreprise familiale"



sylveno 31/05/2010 13:07



Merci pour les commentaires.
Pistou te fait-il la fête qd tu rentres d'un si long voyage ? Nous en France nos chats nous font carrémént la tête ! les 1e heures ils font mine de ne pas ns voir ! Ici Nisha a déprimé qq jours
après le départ de Zoé, elle lui parle au téléphone ! Maintenant il court de nouveau partout comme un fou : il va mieux !