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C'est Nous

  • : L'Inde autrement
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  • : La vie au jour le jour en Inde, les voyages de connaissance de soi que nous proposons dans ce pays si différent de la France, toutes les réflexions qui nous viennent dans nos différentes expériences en comparaison avec ce que nous vivons en France.
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6 novembre 2010 6 06 /11 /novembre /2010 13:29

En juin, nous avons dû acheter de l'eau du gouvernement et remplir les tanks enterrés sur le chantier car le puits ne fonctionnait pas (nous avons fini par comprendre pourquoi, j'expliquerai après...). eau début du chantierPour arroser le béton et autre, nous posons une pompe et un tuyau d'arrosage pour éviter aux ouvriers la fatigue de puiser au seau. Mais ils allument la pompe et partent en trainant le tuyau derrière eux laissant couler l'eau librement le temps d'arriver à l'endroit où ils en ont besoin. Résultat des dizaines de litres perdus ! Enoch leur montre le truc : faire un double pli dans le tuyau pour bloquer l'eau... mais ils ne le font pas ! Je vais donc à Tripolia bazar acheter une vanne. Deux jours plus tard, elle n'est toujours pas installée. Enoch insiste lourdement. Un jeune finit par se décider à l'installer, ce qui n'est pas bien difficile, mais il la laisse ouverte en permanence. L'archi arrive, on lui fait traduire "On est dans un désert là, un désert. L'eau est bien plus précieuse que l'or, etc." un petit discours de 5 minutes dont on est assez content... pendant 5 minutes : les ouvriers restent totalement fermés au problème. 2e argument "On paie et l'eau est chère" bon, c'est un peu mieux entendu mais... Bref, on laisse tomber. On essaye quand même, sans rien dire la solution de brancher un arroseur ramené de France. On dirait qu'ils le ferment maintenant après un temps d'habituation.

Toute cette intro pour vous faire comprendre qu'on va continuer toutes nos actions d'économie d'eau, mais qu'à l'échelle de l'Inde c'est "total pipeau" !
Pas un indien sur mille n'a conscience de l'importance de l'économie de l'eau ou du recyclage. Pour eux il y en aura toujours, la réponse qu'on nous a faite des dizaines de fois est "No problem, si le puits ne donne plus, government supply ! " La 2° étape ne leur vient pas à l'idée : mais il "supply"avec quoi ?
Personne ne m'a parlé des lacs-réservoirs d'eau, quand j'ai demandé d'où venait l'eau les réponses restent vagues : "il y a des camions-citernes à tel endroit."
Il parait que le gouvernement fait couper l'eau dans certains quartiers, comme il le fait pour l'électricité, quelques heures par jour. Mais autant ça me paraît simple pour l'électricité, autant c'est incompréhensible pour l'eau. En tant qu'occidental, vous devez vous dire que c'est pareil. Mais la distribution d'eau dans les maisons en Inde, n'a rien à voir avec votre "french" robinet.
Première solution ici :

arrivée du puisatier                   avoir de l'eau gratuite en faisant creuser un puits perso.creusement de notre puits

Tous les propriétaires font ça. Sauf que la nappe phréatique a descendu de 30 m en 20 ans, donc il faut mettre une grande longueur de tuyaux ce qui commence à être coûteux. C'est là que se glisse l'explication de notre puits qui ne donne pas d'eau : le puisatier n'a pas prévu un tuyau assez long, il a donc dû en acheter une rallonge mais ici il n'existe pas de joint vissé ou collé pour assembler 2 tuyaux. Pour joindre un tuyau classique en polyéthylène ils mettent un raccord de fer tenu par une vis, d'où inévitables fuites, pas de pression, pas d'eau qui sort !

l'eau est là


Nous avons découvert ça quand Enoch n'en pouvant plus d'explications merdiques à commencer à sortir le tuyau du puits... personne n'en revenait : un patron qui travaille ! Ils sont restés plusieurs minutes à le regarder bouche et yeux ronds avant de se jeter chacun sur un bout de corde pour aider. C'est comme ça qu'a été découvert le fameux "non-joint" ! Achat d'un tuyau de la bonne longueur, et le tour est joué : le puits donne bien maintenant ! On a ramené aussi de France en septembre, des raccords plymouth, normaux, vissés...



2° solution : acheter l'eau au gouvernement

livraison d'eau (avril 2010)
Des tracteurs-citernes (aucun indien n'a pu me dire d'où ils venaient) attendent la demande à des points stratégiques de la ville. Il y en a un pas loin de chez nous, on téléphone, ils livrent. J'irai enquêter sur les lacs collinaires et les barrages retenant l'eau des moussons dont j'ai vu l'existence dans un livre et prendre des photos quand il y aura moins d'urgence pour la construction.

Dans les 2 cas, l'eau est stockée soit dans une citerne enterrée munie d'une pompe qui l'amène dans les réservoirs posés sur le toit soit directement dans ceux-ci.
livraison d'eauToutes les maisons ont des toits terrasses. Très peu de tanks sont isolés ce qui donne 6 mois de l'année de l'eau bouillante dès 10 h du matin jusque 22 h.
Un mystère de plus : pourquoi dans ce pays si chaud l'isolation ne "prend"-elle pas ? ou plutôt ne "reprend"-elle pas parce qu'au temps des maharajas les maisons étaient ventilées et la moindre goutte d'eau récupérée. Pas seulement à l'échelle individuelle, les villes avaient des systèmes de conduite d'eau très bien pensés qui redistribuaient l'eau de pluie récupérée. Il y a quelques années des bénévoles ont nettoyé toutes les conduites de Jaipur. Qu'en est-il aujourd'hui ? impossible de trouver des renseignements.
Nos voisins de Jagatpura nous ont tous invités à visiter leur nouvelle maison. Toutes sont immenses, en briques, épaisseur feuille de papier cigarette, recouvertes de béton. Il y fait chaud, pour rafraîchir il n'y a que des fans au plafonds (la plus mauvaise solution : ramener vers le bas, la chaleur emmagasinée en haut). Sur le toit 2 tanks noirs (noir idéal pour l'accumulation de chaleur) comme ceux de notre appartement : pendant la moitié de l'année pour pouvoir nous doucher, en rentrant du terrain ou de courses en ville, nous remplissons la veille des seaux d'eau qui rafaîchissent dans la salle-de-bain. Sans ça on se brûle !

Pour la factory, les tanks seront sous un petit toit et entourés d'isolant. Nous avons acheté des réservoirs blancs triple épaisseur, plus chers mais isolés et "foodgrade"... L'eau stockée dans les réservoirs noirs en plein soleil n'est pas comestible, sa qualité est déplorable, on perd beaucoup de cheveux à chaque douche ! à la sortie des tanks on aura un osmoseur.
Shantanu notre architecte nous racontait en riant que son frère voulait se laver à la Bisleri tellement il est bien connu que l'eau est horrible pour la peau.
Pour boire et faire la cuisine, les gens achètent une eau épurée distribuée tous les jours ou au minimum 4 fois par semaine. On désinfecte le robinet à chaque livraison car les bonbonnes sont transportées dans des bennes ouvertes et je doute qu'elles soient lavées après utilisation. J'ai ramené de France des pastilles de Javel qui ne servent qu'à ça, on n'en trouve pas ici. La "pani bottle" est déposée devant la porte quand on en veut une autre. Le livreur note la consommation sur une carte et vous payez en fin de mois. C'est plus économique que d'acheter des bouteilles plastiques en magasin. De plus ça évite "du plastique" dans la poubelle. Nous avons dû malheureusement renoncer à ce service car nous ne consommons pas assez d'eau. Nous devons aller chercher notre bouteille de 20 l nous-mêmes. Heureusement qu'Enoch est là : impossible pour Zoé et moi de remonter ce poids !
Les pauvres de la rue, la communauté des marionnettistes par exemple, ne peuvent pas se payer ces "pani bottles", le gouvernement leur remplit gratuitement des tanks situés devant le mur du slum. Chacun vient y puiser. Des cabanes de paille sont aussi installées un peu partout sur les trottoirs.
pani-house mai 2010Cette tradition a engendré la fameuse phrase dont je parle plus haut : "government supply"... Une femme payée par le gouvernement, sert à boire de l'eau fraîche à qui s'approche de la petite ouverture.jarre de terre Cette eau décante dans de très belles jarres de terre.

 





Nos ouvriers aussi ont leur jarre pour avoir de l'eau fraîche et buvable.







Se greffent sur l'abandon des traditions d'économie d'eau de graves problèmes liés à l'industrialisation.
Dernièrement je lisais un article sur le manque d'eau au Nord du Rajasthan, les paysans de Kaladera dénonçaient les abus de l'usine Coca-cola qui puisent sans vergogne dans la nappe phréatique et qui, pour se dédouaner, a creusé quelques rigoles pour récupérer les pluies de la mousson...
La saison des pluies cette année a été exceptionnelle, il a plu tous les jours en juillet-août et encore en septembre et octobre. On n'avait pas vu ça depuis plus de 10 ans au Rajasthan. Les lacs sont pleins... pour plusieurs années ?
J'aimerais voir Udaipur et Pushkar car en février 2010, ça faisait peur :
pour les bains à Pushkar le lac sacré était vide ! un petit bassin a été aménagé...

lac de Pushkar fév 2010
Pushkar novembre 2009lac de pushkar fév 2010






pushkar novembre 2009
à Udaipur, les princes dirigeants ont toujours été précurseurs en gestion de l'eau : en plus du lac Pichola, ils ont creusé le lac artificiel de Jaisamand profond de 30 m et large de 50 km (2° lac d'Asie encore de nos jours) et ils ont été connectés à 8 autres lacs.
Pichola n'était pas vide mais bas.

lac Pichola à Udaipur fév 2010lac d'Udaipur fév 2010On apercevait d'autant plus la pollution : la Haute Cour du Rajasthan avait pourtant exigé de sévères mesures contre les hôtels de luxe installés à quelques mètres du rivage qui y déversent leurs eaux usées au mépris des règlements...


Quand arrêtera-t-on de pomper dans les nappes phréatiques pour arroser des pelouses dans le désert en plein midi ?
J'espère que le gouvernement prendra un jour une mesure ferme comme quand il a interdit l'usage des sacs en plastique dans toute l'Inde en septembre 2010... Je m'en réjouis tous les jours !
Peut-être le système des SIRÉNE fera-t-il tache dans notre quartier...
J'ai pris en photo les endroits clés de nos évacuations toilettes : nous avons fait 2 SIRÉNE comme à l'écohameau.
Nos voisins pensaient qu'on prévoyaitsiréne ouest
un abreuvoir pour les buffles !
Nouveau challenge pour Enoch : trouver les plantes adaptées à ce climat !

siréne ouest














Une femme a passé des heures à tailler
en petites boules, à la main avec un marteau les chutes de béton cellulaire... ça tiendra lieu de pouzzolane.

siréne
siréne

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Published by sylveno - dans environnement
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commentaires

Biche 14/11/2010 19:29



Votre article me laisse réellement songeuse... avec ma mentalité de française...


Bon courage alors !   Biche (en France !)



morgane 10/11/2010 22:03



Vraiment le blog me plaît de plus en plus. Je vous enverrai des photos qui pourront peut-être servir.L'une prise à Delhi montre une pompe bloquée par des chaînes (c'était très symbolique) et au
Taaj Mahal  des tuyaux d'eau de gros diamètre qui finissaient par faire une mare su milieu des pelouses tant ils débitaient.


Apparemmet la question est vrament critique, j'ai lu des articles l'année dernière disant qu'il n'y aurait plus d'eau dans toute l'Inde d'ici dix ans. Possible ? Vous en pensez quoi ?


L'idée du béton cellulare taillé, alors ça c'est fort.Cela servira donc de filltre ? Quelle trouvaille ! Vous êtes géniaux, je n'aurais jamais imaginé cette astuce. Et qui sait par la suite
peut-être que ces "abreuvoirs à buffles" serviront de bassin à tortues, comme on rêvait d'en faire à Barthès sous la bergerie ?


Penant que je ous écrivais Petite Chatte s'est couchée contre moi et dort maintenant. Je vais aller au lit moi aussi !



sylveno 11/11/2010 06:21



Caresse ptechatte de la part de ns 3.... Rémi lui donne double dose pour ses yeux car maintenant les 2 st atteints par l'herpès.



Alice Kara 07/11/2010 15:48



Non mais justement, vous ne tombez ni dans le "trop technique" ni dans le "trop pathos"... Vous exprimez juste une réalité du quotidien... Un vrai petit reportage de tintin Enoch et Sylvie
Fantasio ;)



Armide+Pistol 07/11/2010 00:28



L'irresponsabilité politique, l'ignorance un sentiment de fatalité ...tout cela doit provoquer dan votre esprit beaucoup de frustrations. Il faut soulever des moontagnes pour faire bouger les
mentalités.



sylveno 07/11/2010 06:17



Oui ! on prend ça comme une possibilité de pratique méditative : rester centré sur ce qu'on fait... mais souvent on crise ! ça fait du bien d'être à trois, il y en a toujours un pour rattraper
l'affaire et faire rire les autres ...



Alice Kara 06/11/2010 19:24



Magnifique article ;)



sylveno 07/11/2010 06:20



Nous avons essayé de faire léger malgré la gravité du problème et pas trop technique non plus, bref, ce que l'on vit... Ravis que ça te plaise.